Pistache Myrtille

02 juillet 2017

8 mois de Gabriel

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Gabriel a 8 mois, déjà. Son sourire sans dents et son petit manque de tonus le font paraître plus jeune et tant mieux : le temps passe trop vite et j'ai l'impression de ne pas profiter assez de mon bébé.

Quoi de neuf ?

Côté motricité, il progresse, doucement. Il saisit ses pieds et les porte à la bouche depuis quelques semaines, et cette position qui lui arrondit le dos lui permet de basculer sur le côté et d'amorcer le retournement. Pour le moment, malgré tout, il est rare qu'il finisse la rotation. A plat ventre, il sait se remettre sur le dos, mais ne le fait pas encore de façon systématique. Il tente de ramper sans grand succès : il manque vraiment de tonus dans les jambes. Il tient presque assis, et on sent bien qu'avec un peu d'efforts, il est capable de compenser les petits écarts d'équilibre. En revanche, lorsqu'on tente de le mettre en position debout, ses jambes ne supportent pas du tout le poids de son corps et se dérobent, il est encore incapable de pousser sur ses pieds : c'est là que le retard moteur est le plus perceptible.

Côté alimentation, il est diversifié depuis 2 mois, consomme des féculents depuis environ 3 semaines (semoule mélangée à ses purées et préparation biscuitée que j'ajoute pour épaissir les compotes très liquides de poire ou de pêche, par exemple). Depuis quelques jours, il mange du jambon ou du blanc de poulet le midi. Heureuse surprise, il semble n'avoir aucun problème à avaler des aliments à consistance non lisse : pas de soucis de déglutition, pas de hauts le coeur, un grand garçon débrouillard ! En revanche, après plus de 3 mois d'entraînement, il fait toujours son difficile avec le biberon, malgré toutes les tentatives de changement de tétines. Je  ne suis pas convaincue que la trisomie soit en cause dans cette affaire : je crois juste que Môssieur est une tête de mule un fin gourmet qui préfère le lait de maman à la source !

Côté sommeil, alors qu'il faisait parfaitement ses nuits, il se réveille à nouveau entre 4 et 5 heures du matin depuis la canicule. Hum ... c'est dur ! J'ai tenté de voir s'il se rendormait seul, mais ses "appels" augmentent en intensité. J'ai tenté de le bercer contre moi pour le rendormir, mais il gesticule et tète tout ce qui passe à sa portée. En désespoir de cause et pour pouvoir me recoucher le plus vite possible, je finis pas le mettre au sein, et il se rendort paisiblement en une dizaine de minutes. Et moi je compte les jours qui me séparent des vacances en espérant que le changement de rythme me permettra de récupérer un peu parce que je suis épuisée.

Côté vie quotidienne, nous avons investi dans deux tapis de motricité et un ballon de pilates similaires à ceux du CAMSP. C'est son aire de jeu personnelle, et je confirme que c'est infiniment mieux adapté qu'un tapis d'éveil en tissu ou qu'un plaid plié en 4 : la surface est ferme mais absorbe les chocs, stable, lavable d'un coup d'éponge ... on devrait s'en servir longtemps ! C'est là que nous faisons les "exercices" proposés par la psychomotricienne, là que les grands viennent jouer avec lui et le câliner, là que nous étalons des hochets et des doudous tout autour de lui pour l'inciter à se retourner ou à ramper.

Franchement, la vie est douce : il est facile à vivre et joyeux, il fait le bonheur de ses frère et soeurs - et celui de ses parents, bien sûr ! Nous menons une vie très ordinaire, nous réjouissons de ses progrès comme nous l'avons fait pour ses aînés, et l'accompagnons à son propre rythme. Bref, une vie normale !

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21 mai 2017

Diversification !

Depuis 3 semaines, Gabriel est diversifié. Nous avons attendu ses 6 mois, même si aujourd'hui la tendance est à une diversification un peu plus précoce, parce qu'il peinait encore à boire au biberon. C'est quand même un comble pour un petit bonhomme qui a su téter au sein comme un pro dès sa naissance ! Bon, pour le bib, ça n'est pas complètement gagné encore, mais il a adopté les petites purées maison sans se faire prier.

Résultat des courses, la diversification coïncide pile-poil avec le moment où il a découvert qu'il pouvait faire brblbrblbrbl avec sa langue, d'où ce genre de situation ...

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Evidemment, il dispose en ses frère et soeurs d'un public qui l'encourage et trouve ça vraiment trop drôle, du coup ça n'est pas près de s'arrêter ! Dire qu'on vient de refaire intégralement notre cuisine !

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17 mai 2017

Des mères choisies par Dieu

La plupart des femmes deviennent mères par accident, certaines par choix, d’autre sous la pression sociale, quelques-unes enfin par habitude.

Cette année, près de 100 000 femmes deviendront mères d’enfants handicapés.

Vous êtes-vous jamais demandé comment les mères d’enfants handicapés sont choisies ?

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J’imagine Dieu, planant au-dessus de la Terre, choisissant avec grand soin les instruments pour Sa mission.

Tandis qu’il observe, il ordonne à ses Anges de prendre des notes dans un grand registre.

« Beth Armstrong : un fils. Saint Patron, Matthieu.  Marjorie Forrest : une fille. Sainte Patronne, Cecilia. Carrie Rudledge : des jumeaux. Saint Patron … donnez-lui Gérard, il a l’habitude d’entendre des jurons ! »

Pour finir, il donne un nom à un Ange et sourit : « donne-lui un enfant handicapé »

L’ange est curieux : « Pourquoi celle-ci, Seigneur ? Elle est si heureuse ! »

« Justement ! », dit Dieu en souriant. « Pourrais-je donner un enfant handicapé à une mère qui ne sait pas rire ? Ce serait trop cruel ! »

« Mais a-t-elle de la patience ? » demande l’Ange.

« Je ne veux pas qu’elle ait trop de patience, elle risquerait de s’apitoyer sur son sort et de désespérer. Quand le choc et le chagrin seront passés, elle saura s’adapter. Je l’ai observée aujourd’hui. Elle a cette force et cette indépendance qui sont si rares et si nécessaires pour une mère. Tu vois, l’enfant que je vais lui donner a son propre monde et ce ne sera pas facile. »

« Mais Seigneur, je ne suis même pas sûr qu’elle croie en vous ! »

Le Seigneur sourit : « Ça ne fait rien, je peux arranger ça. Celle-ci est parfaite. Elle a juste assez d’égoïsme »

L’ange sursaute : « de l’égoïsme ? Est-ce que c’est une vertu ? »

Le Seigneur acquiesce. « Si elle ne peut pas se séparer de son enfant de temps en temps, elle ne survivra jamais. Oui, voici une femme que je bénirai en lui donnant un enfant pas tout à fait parfait. Elle ne le sait pas encore, mais elle a de quoi être enviée. Elle ne prendra plus jamais pour acquis un seul mot prononcé. Elle ne considérera plus jamais une étape franchie comme ordinaire. Quand son enfant dira « maman » pour la première fois, elle aura conscience d’être témoin d’un miracle. Quand elle décrira un arbre ou un coucher de soleil à son enfant, elle verra ma Création comme il est donné à très peu de gens de la voir. Je lui permettrai de voir clairement les choses que je vois : l’ignorance, la cruauté, les préjugés … et je lui permettrai de s’élever au-dessus de tout ça. Elle ne sera jamais seule. Je serai à ses côtés chaque minute de chaque journée de sa vie, parce qu’elle fait mon travail comme si elle était ici près de moi. »

« Et qui sera son Saint Patron ? » demande l’Ange, la plume suspendue au-dessus de son registre.

Le Seigneur sourit : « un miroir fera l’affaire ».

 

Erma Bombeck

 

 

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13 mai 2017

Franchir les étapes ...

Le développement moteur d'un bébé porteur de trisomie 21 est examiné, mesuré, évalué, encouragé comme la progression d'un athlète de haut niveau ! La seule différence c'est que le dopage est autorisé, à grands coups de câlins, de bisous et de bravos enthousiastes ! Gabriel est suivi par une pédiatre et une généticienne à l'hôpital où il est né, une psychométricienne au CAMSP et une kiné en libéral. Chacune y va de ses conseils et exercices pour l'aider à progresser, et nous pratiquons consciencieusement à la maison. Même notre super nourrice a demandé quels jeux elle pouvait lui faire faire pour accompagner ses progrès.

Dès le tout premier examen en salle de naissance, la sage-femme nous a dit qu'elle le trouvait bien tonique. Depuis, tous les professionnels ont confirmé ce diagnostic : nous avons la chance que Gabriel soit très peu atteint dans son tonus musculaire. Il montre aussi une volonté étonnante, comme en témoigne cette vidéo :

13 mai 2017 - 6 mois 1/2 

Pour le moment, il se retourne de ventre à dos uniquement, et celà lui demande un effort tel qu'il abandonne souvent. Mais c'est un vrai beau progrès !

il sourit depuis le jour de ses 3 mois, gazouille depuis longtemps aussi et commence à incorporer des consonnes, il suit parfaitement du regard visages et objets, s'intéresse à ce qui l'entoure, observe, plonge ses yeux dans ceux de son interlocuteur ... Voilà un petit état des lieux de ce que sait faire Gabriel à 6 mois 1/2. 

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21 mars 2017

Stop discriminating Down !

 

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JE NE SUIS PAS UN RISQUE

JE SUIS UN FILS, UN FRÈRE, UN AMI

Bien sûr, l'annonce de la trisomie a été un choc, mais ce choc, il se surmonte. La trisomie, elle s'apprivoise. Et je suis certaine que le choc aurait été moins violent si j'avais eu une meilleure connaissance de ce qui m'attendait et moins de préjugés. Si j'avais su ce que je sais aujourd'hui.

Gabriel est un fils, un frère, un petit-fils, un arrière-petit-fils, un neveu, un cousin, un ami ... Une famille et toute une communauté l'ont attendu avec nous, l'ont accueilli avec joie, l'entourent aujourd'hui d'un amour immense qu'il rend au centuple. Il est l'un d'entre nous, unique comme chacun de nous, mais pas si différent.

Il est un enfant capable, à condition qu'on lui offre la même considération, le même respect qu'à tout autre enfant. Il a besoin des autres, mais les autres ont aussi besoin de lui. Il dilate les cœurs, fait sourire, fait aimer, fait prendre son temps, fait repenser les priorités ... Le monde est meilleur avec lui et avec tous ses copains à 47 chromosomes.

Alors stop au dépistage systématique, stop à "l'eugénisme protecteur" (selon les mots tellement absurdes de madame Anne Sinclair), stop à cette situation folle où faute de savoir soigner la maladie, on élimine le malade.

Plus d'information et une pétition à signer ici 

 

 

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12 décembre 2016

Un bébé normal ...

Quand nous avons annoncé aux enfants que Gabriel naîtrait porteur de la trisomie 21, ils ont posé beaucoup de questions. Nous avons essayé d'y répondre au mieux, mais le fait est que nous ne savions pas grand chose non plus ! Nous avons évoqué les caractéristiques physiques les plus connues, les difficultés d'apprentissage, le handicap intellectuel, le fait qu'il serait un enfant "différent". Clémence nous a demandé si on pouvait lui montrer des photos d'enfants atteints de trisomie : elle voulait mettre une image sur ce que nous lui avions dit.

Au fil du temps, les questions se sont espacées et la grossesse a suivi son cours.

Puis Gabriel est né, et sans que je m'en rende vraiment compte, je crois que les enfants ont été dans une phase d'observation : ils cherchaient les différences dont on leur avait parlé. Et ils n'ont rien trouvé ...

Un jour, c'est Clémence qui a mis en mots ce qui était devenu une évidence : elle m'a dit "tu sais Maman, Gabriel, en fait, il est comme un bébé normal !"

Et j'ai ri : oui, Gabriel EST un bébé normal !

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Gabriel, 15 novembre 2016 - 2 semaines

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02 novembre 2016

Gabriel !

Gabriel est arrivé mercredi 2 novembre 2016 à 14h33, avec exactement un mois d'avance. Quelle surprise ! 3.620 kg et 50 cm, il est le plus petit de nos 4 enfants, mais aussi celui qui est né le plus tôt, et s'il était allé jusqu'au terme, il aurait sans doute pesé un bon kilo de plus ! Depuis longtemps, je disais à ceux qui me posaient la question que je sentais bien (et espérais vraiment !) qu'il serait là un peu en avance, mais quand le travail à commencé, j'en ai été la première étonnée ! Encore une fois j'ai fait ma valise en catastrophe, encore une fois nous avons été pris au dépourvu pour faire garder les enfants, encore une fois j'ai accouché en moins de temps qu'il n'en faut pour dire péridurale !

Tout s'est bien passé, et à l'exception d'un séjour un peu plus long que la moyenne en observation à l'unité kangourou, rien de particulier à signaler. De la joie sans nuage et un peu de fatigue ...

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15 octobre 2016

Trisomie 21 : remonter la pente, entrer dans l'espérance.

Ce billet est la suite de celui-ci.

Qu'elle se produise au cours de la grossesse ou dans les heures suivant la naissance, l'annonce de la trisomie est un choc violent. Même pour nous, qui avons été en quelque sorte préparés à ce diagnostic par une première série d'examens dont les résultats étaient pessimistes : tant qu'il n'y a pas de certitude, malgré la raison qui commande de croire que les résultats intermédiaires qui vont tous dans le même sens ne peuvent pas être une coïncidence, on veut toujours espérer que ce ne soit pas "ça".

Après le choc commence une phase de reconstruction plus ou moins assimilable à un deuil. C'est un peu paradoxal, si on considère que ce bébé est bien vivant : en réalité, c'est le deuil de l'enfant "parfait" (façon de parler : quiconque a déjà des enfants sait bien que ça n'existe pas !), de la normalité, de la petite vie bien huilée. Typiquement, les étapes du deuil sont les suivantes : choc, déni, colère, sentiment d'injustice, tristesse, résignation, et enfin acceptation. Ces étapes sont vécues avec plus ou moins de force, certaines pouvant passer inaperçu : je crois n'avoir ressenti ni colère, ni sentiment d'injustice, par exemple. Juste cette impression horrible d'être enfermée dans un cauchemar.

La difficulté de la reconstruction réside dans le fait qu'on se trouve sur un chemin raide et pénible, sans jamais savoir où exactement sur ce chemin, ni à quelle distance du sommet. Combien de temps encore à fondre en larmes sans préavis ? Combien de temps à émerger d'un état de demi-sommeil le matin pour sentir la nouvelle se rappeler à son "bon" souvenir comme un coup de poignard ? Impossible de le savoir. Pour couronner le tout, le déficit de sommeil qui a accompagné cette période a eu la particularité d'aggraver mes nausées - déjà bien présentes - et la combinaison des deux a des effets terribles sur le moral.

Voici ce qui m'a aidée à remonter la pente :

1- le soutien de nos proches :

Nous avons fait le choix d'informer nos familles et nos amis les plus proches au fur et à mesure des examens, ils ont partagé notre angoisse, attendu avec nous les résultats, se sont manifestés par téléphone ou par mail. C'est incroyable de constater combien on se sent physiquement plus léger lorsque le poids de l'angoisse est partagé sur tant d'épaules ! J'ai bataillé un peu avec le sentiment désagréable d'être celle qui fait entrer le chagrin et l'inquiétude dans la famille, mais au fond, à quoi servent les liens familiaux sinon à se soutenir et se serrer les coudes ? J'ai aussi vécu la situation un peu improbable de devoir trouver des mots de réconfort pour des proches très affectés par ce qui nous arrivait, mais finalement, ces paroles-là ont eu aussi un effet apaisant sur moi : double effet bénéfique, en quelque sorte !

2- apprendre à connaître notre bébé :

Pour mes 3 grossesses précédentes, nous avions choisi de garder la surprise du sexe de nos bébés. La curiosité était forte, mais moins que le plaisir de découvrir le jour J l'identité du petit locataire que nous avions imaginé pendant des mois. Cette fois-ci, en revanche, j'ai eu besoin de savoir, et même de lui choisir un prénom : je voulais qu'il ne se résume pas à un diagnostic angoissant, à une avalanche de risques. Encore une fois, la trisomie, ce n'est pas ce qu'il EST, c'est ce qu'il A. Ce qu'il est, c'est Gabriel, notre petit garçon. Un petit bonhomme aux yeux bleus familiaux, aux petits cheveux blondinets ... Un enfant qui génétiquement a infiniment plus de choses en commun avec nous, ses parents, avec ses frères et sœurs, qu'avec les autres enfants atteints de trisomie. Et oui ! On a tendance à l'oublier, mais il ne vient pas d'une autre planète !

3- l'attitude des enfants :

Tant que nous étions dans l'incertitude, nous avions fait le choix de ne rien dire aux enfants : ils savaient que nous attendions un bébé et s'en réjouissaient, mais nous n'avions pas jugé utile d'en dire plus. Je ne suis pas certaine que cette décision soit la bonne : je soupçonne fort qu'ils avaient perçu notre inquiétude, mais bon ... En revanche, nous leur avons annoncé la nouvelle le jour même où elle a été confirmée. Je n'en menais pas trop large : j'avais peur d'avoir du mal à trouver les mots et surtout de fondre en larmes et de leur communiquer ma peur. En fait, tout s'est très bien passé. Nous avons expliqué avec des mots simples ce que nous savions de la trisomie et des difficultés courantes associées, et répondu le plus sincèrement possible à leurs questions. D'autres questions ont fait surface dans les jours qui ont suivi, mais tous les trois sont arrivés à la conclusion qu'ils l'aimeraient très fort et l'aideraient autant que nécessaire : aussi simple que ça ! Impossible en tant que parents de se cantonner à une naïveté enfantine sur le sujet, bien entendu, mais leur simplicité et leur confiance ont été une source d'inspiration. Si eux se sentent capables, alors nous aussi.

4- le maintien d'une vie normale :

J'ai songé à me faire arrêter par le médecin, tellement je me sentais épuisée et au fond du gouffre, incapable d'affronter le quotidien et le regard des autres. Pourtant, c'est en poursuivant ma vie normale rythmée par le travail et les besoins des enfants que j'ai tenu le coup, selon l'adage qui dit que si on arrête de pédaler on tombe. Me consacrer à mes obligations professionnelles et familiales mobilisait mes pensées sur autre chose que mes soucis et ce répit était franchement bienvenu ! J'avais juste pris soin d'informer mes collègues de travail au cas où j'aurais du mal à me concentrer et pour expliquer mon humeur pas très guillerette.

5- la prise en charge pluridisciplinaire de l'hôpital :

Nous avons choisi de faire confiance et d’accepter toutes les mains tendues de l’hôpital. Ca n’a pas été très simple au début : dans notre société où 95 % des bébés atteints de trisomie dépistés en cours de grossesse sont avortés, nous faisons un peu figure d’OVNI. Je craignais vraiment de devoir faire face au jugement et aux pressions du corps médical. En réalité, nous n’avons rencontré que bienveillance et gentillesse : une pédiatre dynamique et franche, qui n’a jamais cherché à cacher les difficultés potentielles qui nous attendaient mais qui a su malgré cela nous transmettre un optimisme joyeux (et qui nous a dit texto « ce bébé a vraiment de la chance de naître dans votre famille » … quel superbe compliment !), une gynécologue-échographiste à l’écoute, douce, et qui a pris soin de toujours nous communiquer un maximum d’informations, une cardio-pédiatre vive et pétillante, expérimentée en matière de trisomie et qui a su trouver des mots riches d’encouragements, une psychologue très chouette à qui j’ai pu dire mes peurs et mon chagrin et qui par quelques mots bien choisis m’a aidée à trouver en moi les ressources pour aller mieux.

6- apprendre à contrôler le "petit vélo" dans ma tête :

Ce n'est pas une tâche facile, mais elle est essentielle. Lorsque le cours des pensées file, file, vers des terrains inconnus et effrayants, la panique et le désespoir s'installent. Je crois que la masse d'informations que nous sommes émotionnellement capables de gérer est limitée, et il faut impérativement apprendre à ne pas dépasser les limites. Elles sont variables dans le temps : plus on avance dans le chemin de l'acceptation, plus on s'aperçoit que les choses impensables au début deviennent petit à petit un peu moins effrayantes. Moi, c'est la projection vers l'âge adulte, et la nécessité administrative de faire reconnaître Gabriel comme personne handicapée qui me faisaient sombrer dans des abîmes d'angoisse et de chagrin. Aujourd'hui, même si je n'ai pas réponse à tout, je vais mieux de ce point de vue, et j'ai appris à me focaliser sur ce qui est émotionnellement gérable avec la conviction qu'en avançant au jour le jour, nous y arriverons.

7- en parler ouvertement :

Ce n'est pas le conseil le plus simple à suivre : quand on fond en larmes facilement, quand les émotions sont encore à fleur de peau, se confier à de simples connaissances est difficile. Pourtant, assez vite j'ai fait le choix de parler de la trisomie de Gabriel aux gens que je rencontrais et qui demandaient des nouvelles de la grossesse. Bien entendu, il ne s'agit pas nécessairement de le dire à tout le monde. Combien de fois, à la caisse du supermarché, dans des boutiques, ou Dieu sait où, des gens m'ont demandé poliment si tout se passait bien ... La petite conversation courante : "c'est pour quand ? Fille ou garçon ? Bah, tant qu'il a la santé !" ... Je n'ai pas toujours jugé utile de déballer ma vie privée ! (un tuyau, à ce propos : du moment où j’ai été en mesure de dire que c'était un garçon, plus jamais je n'ai eu droit au si redouté "tant qu'il a la santé !". Bon à savoir !). Mais je suis très vite partie du principe que je n'allais pas m'enfermer à la maison quand Gabriel serait là, ni lui mettre une cagoule pour sortir. Auprès des voisins, à la sortie de l'école ou dans les endroits que je fréquente régulièrement, "ça" finira par se savoir, alors autant le dire tout de suite. La bonne surprise, c'est que je n'ai rencontré que des réactions positives, autant de petits coups de pouce précieux pour continuer à remonter la pente.

8- s'informer :

C'est un conseil fondamental, mais à prendre avec des pincettes, pour les raisons évoquées au point n° 6 : l'excès d'informations mal choisies, ou trop tôt, peut être terriblement anxiogène et faire tourner le "petit vélo" en roue libre. Tout est question du bon dosage au bon moment !

Les informations sur la trisomie sont de deux natures. Les premières, facilement accessibles, sont des informations scientifiques et médicales : qu'est-ce que la trisomie 21, quels sont les différents types, comment cela se transmet-il, qui a découvert la trisomie etc. En grattant un peu, on trouve aussi quantité de renseignements sur la prise en charge médicale précoce et sur les diverses sur-pathologies fréquemment associées. Tout cela est intéressant mais peut rapidement s'avérer angoissant : lorsqu'on vient d'apprendre que son bébé démarre dans l'existence avec ce petit chromosome en plus auquel on associe tout un tas de "désagréments" un peu flous et effrayants, difficile de garder la tête froide devant la liste trop longue des ennuis médicaux potentiels. A mon avis, donc, il n'est pas très utile de s'attarder sur ces sites : mieux vaut y revenir plus tard, une fois la pente remontée.

La deuxième catégorie d'informations, et sans doute la plus propice à apporter du réconfort, est celle qui décrit la vie quotidienne avec un enfant trisomique. Plusieurs sources possibles : certains sites institutionnels (l'Institut Jérôme Lejeune, l'association Trisomie 21 France, l'association Perce-Neige, pour n'en citer que quelques-uns) publient quelques témoignages de familles. Aussi intéressants qu'ils soient, ils sont généralement figés et résument des années de vie en quelques lignes. L'idéal consiste plutôt à creuser du côté des blogs ou des réseaux sociaux (Facebook en tête). Beaucoup de familles touchées par la trisomie prennent la décision de partager leur quotidien sur Internet, rapidement d'autres parents viennent apporter leurs témoignages, et de lien en lien, de commentaire en commentaire, on tombe sur des pépites. Certaines familles, dont les témoignages sont sortis du lot et ont attiré l'attention des médias ou des éditeurs ont publié des livres relatant leur histoire. Enfin, pour celles et ceux dont je suis qui lisent l'anglais sans difficulté, les sites et blogs en langue anglaise sont une source peut être plus riche encore. Je tâcherai de publier une liste de mes liens favoris dans un prochain billet.

Petite précision, à ce jour j'évite encore les forums : contrairement aux blogs ou aux pages Facebook, on a tendance à trouver sur les forums plus de situations difficiles, de récits de galères que de témoignages heureux. Je suis ravie qu’ils existent : je suppose que bien des familles viennent y déposer leur fardeau et partager sur des expériences douloureuses pour trouver du réconfort. Mais encore à ce jour, je me refuse à m’exposer à ce qui pourrait mal tourner, à ce qui pourrait nous tomber dessus. A chaque jour suffit sa peine !

9- le temps :

A sa manière, le temps fait son œuvre, comme on dit. On s'habitue à la douleur et au chagrin, et ils s'atténuent petit à petit. Le temps permet à tous les points précédents de faire leur effet en profondeur et ainsi de se laisser gagner par la confiance.

10- la foi :

A la différence sans doute des 9 premiers "conseils", celui-ci relève de l'intime et ne s'improvise pas, mais je ne peux pas ne pas le mentionner : la foi, et en particulier la confiance en la Providence ont été essentielles pour nous. Savoir que nous ne sommes pas seuls, et qu’au long du chemin que nous mènerons avec notre Gabriel en ce monde nous serons comblés des grâces nécessaires pour surmonter les moments difficiles, rien de tel pour retrouver la paix et avancer avec confiance !

Voilà … Remonter la pente est une expérience individuelle. La durée de l'ascension dépend de facteurs non maîtrisables, de l'expérience personnelle, du soutien reçu. Impossible donc de dire "vous irez mieux dans tant de temps" ou "plus que quelques jours et ça ira". Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai remonté la pente dans un délai dont je ne me croyais pas capable. Le nez dans le guidon, je pensais qu'il me faudrait des mois pour aller mieux. En réalité, j'ai été capable d'admirer le paysage au-dessus de la couche de nuages en l'espace de quelques semaines, un mois tout au plus ...

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09 septembre 2016

Clémence coud !

Clémence n'a pas perdu de temps pour essayer sa nouvelle machine à coudre, reçue pour son anniversaire.
Justement, il lui fallait un sac pour ranger ses baskets pour l'école.

Elle a choisi ses tissus dans mon stock, et nous nous sommes lancées.

Pour le moment, elle a besoin de mon aide pour concevoir le projet (je lui demande de dessiner son idée, de définir le format qu'elle souhaite obtenir, et je lui ai expliqué les notions de marges de couture), et je reste proche d'elle pour la guider à chaque étape de la réalisation. Mais après quelques ajustements, elle a bien pris en main sa machine et se débrouille bien toute seule.

Elle a testé quelques techniques de base : assemblage au point droit, zig-zag, surpiqûre, appliqué, ourlet ... elle coud plutôt droit dans l'ensemble, gère sa vitesse correctement, mais les coutures qui nécessitent de prendre des repères autres que le bord droit du pied presseur lui paraissent bien compliquées ! Malgré tout, elle s'est vraiment très bien tirée de ce premier ouvrage :

Sac Clems 2 bis

Sac Clems 1 bis

 

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01 septembre 2016

Rentrée des classes 2016 !

Ce matin, j'ai failli oublier la traditionnelle photo de rentrée ! Mais ouf, l'honneur est sauf !

Rentrée 2016

 

A noter cette année :

- Thib et Clems ont mis un pull qui va sans aucun doute les encombrer toute la journée, on annonce 30°. C'est mieux que l'an dernier où il avait fallu faire la photo à l'intérieur pour cause de temps pourri.
- Les 3 crapauds ont des cartables dignes de ce nom (coucou Fanny !). Celui de Clems, pour les plus observateurs d'entre vous, entame sa 3ème année, merci Tanns de faire des cartables robustes. Thib a un beau sac à dos tout neuf. L'an dernier nous avions opté pour une besace : grossière erreur de débutants ! La besace est comme neuve (Eastpack et Tanns, même combat) mais elle servira de sac de sport. Porter 5 fois son poids en livres et cahiers sur une seule épaule, c'est un coup à avoir la colonne vertébrale en accordéon à Noël ! Jeanne a un cartable à roulettes hors de prix et un peu trop bling-bling pour mon goût (mais qui lui plaît beaucoup !), because je m'y suis prise trop tard pour lui trouver la perle. Espérons qu'au prix qu'il a coûté, IKKS est au moins aussi robuste que ses confrères !
- Pour rester dans les histoires de robustesse de cartable, le petit cartable Tanns marron que j'avais acheté pour l'entrée au CP de Thib a vaillamment tenu 6 ans (CP et CE1 de chacun des 3 crapauds). Il est remisé soigneusement dans l'espoir qu'il accompagne un jour Gabriel sur le chemin de l'école.
- La tenue choisie par Jeanne est un peu froissée. Ceci s'explique peut-être par le fait que, ne voulant pas être en retard pour son premier jour d'école, elle s'est habillée hier soir (!). A l'insu de mon plein gré, est-il utile de le préciser ?
- Le pré-ado a fait des siennes : cette photo est la 18ème d'une série prise en urgence pour qu'il ne soit pas en retard au collège. Sur les 17 autres il faisait des grimaces, comme d'hab'. Petit échantillon :

Rentrée 2016 2

Rentrée 2016 3

Rentrée 2016 4

Sinon, cette rentrée était routinière au possible : 5ème pour Thibault (que j'ai accompagné puisqu'il veut encore bien de moi, le moment approche où il me demandera de le larguer dans un virage bien avant le collège pour ne pas être vu avec sa Môman !), CM2 pour Clémence, et CE2 pour Jeanne. Pour cause de plan Vigipirate, Olive les a déposées devant le portail avec un bisou, et hop !

Bonne rentrée à toutes et tous !

 

 

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